Cetamada | Étude des baleines à bosse
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Projets scientifiques de Cetamada

Contexte

Malheureusement, les baleines à bosse ont été et sont encore chassées. Répertoriées sur la liste rouge de l’International Union for Conservation of Nature (IUCN, www.iucnredlist.org), elles sont maintenant protégées au niveau international. L’objectif des programmes scientifiques est de collecter des données pour pouvoir décrire les cétacés (espèces, résidence/migration, abondance) dans leurs environnements (réactions aux activités humaines). 

Appelée stock C par la Commission Baleinière Internationale (http://iwcoffice.org), la population des baleines à bosse de l’Océan Indien se répartit, pendant la période de reproduction, entre la côte Est de l’Afrique du Sud et le Mozambique (C1), du Canal du Mozambique jusqu’à l’Archipel des Comores (C2) et dans les eaux côtières de Madagascar (C3). A ces trois sous-régions a été proposée une 4ème qui comprend l’île de La Réunion et l’île Maurice (Fig. 1).

Figure 1 : distribution des baleines à bosse pendant la période de reproduction (IWC, 2006)

A ce jour, la dynamique, les échanges et le chevauchement entre les sous populations de baleines à bosse du stock C font toujours l’objet d’études scientifiques, avec le double objectif d’abord d’estimer la taille de la population et son évolution, puis de renseigner sur leurs activités et leurs déplacements dans cet océan.
L’étude des baleines à bosse permet également d’informer sur les impacts des activités humaines sur la biodiversité marine.

Objectif

L’objectif principal des programmes scientifiques de Cetamada est d’étudier les baleines à bosse de Madagascar. Il s’agit de décrire leurs activités et leurs interactions lorsqu’elles viennent proches des côtes malgaches pendant la période de reproduction.

Méthodes d’observations

Il existe 4 catégories de méthodes pour les observations des cétacés dans leur milieu naturel (fig. 2). Ces méthodes sont complémentaires, elles peuvent être déployées séparément ou simultanément en fonction des questions scientifiques, des moyens et des situations contextuelles.
Ainsi, les observations visuelles seront privilégiées lorsque l’on s’intéresse à l’identification des individus, à leur distribution et à leur abondance. Les enregistrements acoustiques permettent de les détecter à moyenne et grande distance, et sont également utilisés pour étudier les interactions. Quant aux balises électroniques, elles permettent de caractériser les déplacements des baleines, notamment lorsqu’elles descendent en profondeur les rendant invisibles de la surface. Ces balises sont également utilisées pour étudier les routes migratoires. Enfin, les études génétiques renseignent sur l’ouverture génétique de la population, permettant ainsi d’estimer la bonne santé ou la fragilité de la population des baleines.

Figure 2 : méthodes d’observation des cétacés

Les projets scientifiques de Cétamada

Depuis 2007, Cetamada a mené 3 programmes de recherche : Chants, BaoBaB et Générations.

Chants (2007-2011)

Les chants émis par les mâles jouent un rôle fondamental pendant la période de reproduction, participant aux interactions entre male/femelle et male/male. Nous nous sommes intéressés à la structure de ces chants, notamment en introduisant le concept de sous-unité sonore, venant compléter les premiers travaux de Payne et Mc Vay (fig. 3). Nous avons également travaillé sur l’étude du générateur vocal des baleines à bosse à partir des études anatomiques du système laryngé. Nous avons proposé un modèle acoustique théorique et avons montré les motivations des chanteurs dans la production de leurs unités sonores, en introduisant la théorie des 4L, pour Low, Loud, Long, Loquacious.

Figure 3 : unités sonores d’un chant de baleine à bosse

BaoBaB (2012-2014)

L’objectif était de caractériser les mouvements des baleines à bosse de Madagascar. La méthode retenue a été le recours à des balises Argos permettant de donner en temps réel les positions des différentes baleines implémentées. Ces balises satellite sont couramment utilisées pour suivre les déplacements des animaux. En 2009, CLS France indiquait qu’il traitait plus d’un million de messages par jour provenant des 7000 balises Argos que les scientifiques ont déployé sur différentes espèces animales, principalement terrestre. Pour le suivi des baleines à bosse, cette méthode a été mise au point par de grands laboratoires américains et australiens, notamment pour le déploiement de ces balises qui peut se faire à l’aide d’une perche ou d’un lance-amarres à air comprimé. Aujourd’hui, 6 équipes de niveau international utilisent cette technologie : Hatfiled Marine Science Center (USA, http://marineresearch.oregonstate.edu/assets/page_folders/faculty_page/mate_hp.htm), Alaska SeaLife Center (USA, http://www.sfos.uaf.edu/directory/faculty/andrews/), Mar-Eco (Norvège, (http://www.mar-eco.no/taggedwhales), Australian Centre for Applied Marine Mammal Science (Australie, http://www.aad.gov.au/acamms), National Marine Mammal Laboratory (USA, http://www.afsc.noaa.gov/nmml) et CNRS-Cetamada (France-Madagascar).

Dans le cadre du programme BaoBaB, même en déployant des balises Argos sur un très faible nombre de baleines à bosse, nous avons montré que 1) elles sont extrêmement mobiles, y compris pendant la période de reproduction et 2) elles se déplacent vers les côtes africaines, en passant par Mayotte et les Comores (fig. 4).

Figure 4 : déplacements des baleines à partir de l’Ile Ste Marie

Ces traces Argos nous ont permis de décrire les préférences d’habitats, en fonction du sexe et du statut reproducteur. Ainsi, les traces Argos ont permis de montrer que les paires mère-baleineau évoluaient principalement plus proches des côtes que les males.

Au cours du projet BaoBaB, nous avons installé la première station acoustique semi-permanente de l’Océan Indien dédiée à l’observation des baleines à bosse (fig. 5). Totalement passive, équipée de 9 hydrophones, cette station est permet d’écouter les chants des mâles pendant la période de reproduction. Ce matériel a été déployé en 2013 et 2014.

Figure 5 : design du réseau d’hydrophones déployés à Ste Marie en 2013 et 2014.

Les analyses génétiques ont permis de décrire l’ouverture de la population des baleines à bosse de l’Océan Indien (fig. 6).

Figure 6 : diversité génétique de la population des baleines à bosse. Comparaison avec d’autres populations de l’hémisphère sud.

Générations (2015-2017)

L’objectif était d’étudier les interactions entre les mères et les baleineaux nouveau-nés. La place du baleineau est fondamentale dans la structure sociale des baleines à bosse. Il s’agit de mieux la décrire pour mieux comprendre les rôles des mères et, lorsqu’il y a des escortes ou des groupes actifs, celui des males. 
Dans le cadre de ce projet, les données ont été faites à partir d’observations visuelles, que ce soit du bateau directement ou via l’utilisation de drones aériens, et aussi d’observations acoustiques, en recourant à des balises électroniques équipées d’un hydrophone et qui viennent se ventouser sur le dos de l’animal (fig. 7). Totalement non invasive et inoffensive pour les baleines, cette technologie est extrêmement utile pour étudier les émissions sonores d’un individu.

Figure 7 : observations visuelles par drone et acoustique par acousonde

Conclusion

Les activités scientifiques de Cetamada ont pour objectif final de contribuer à la conservation des cétacés et à la protection de leur environnement. 
Guidé par ce but, Cetamada prend part activement à la collecte des données, cadrée par des protocoles établis et validés par la communauté scientifique internationale, afin de répondre aux exigences d’éthique en minimisant les perturbations et en n’impactant pas l’environnement. En respectant ces protocoles, il s’agit aussi de s’assurer que ces données puissent ensuite être analysées dans des programmes de recherche.
Cetamada participe aux analyses puis valorise les résultats tant auprès des chercheurs que du grand public. 
Enfin, en accueillant tous les ans des chercheurs (docteur, professeur), de toute nationalité (malgache, français, anglais, américains, république dominicaine) et membres de laboratoires de rang international, Cetamada a pour volonté de s’entourer des meilleurs spécialistes pour avancer de façon significative sur le chemin des connaissances des baleines à bosse.

Mieux comprendre les baleines pour mieux les protéger.